Jeudi 30 Juin 2005 | |
| L'Espagne donne le droit aux homosexuels de se marier et d'adopter Les députés espagnols ont définitivement approuvé jeudi une loi donnant le droit aux homosexuels de se marier et d'adopter des enfants, par laquelle le gouvernement socialiste complète un ensemble de réformes de société qui l'opposent frontalement à l'Eglise et aux conservateurs. L'Espagne devient ainsi le quatrième pays au monde à légaliser le mariage homosexuel après les Pays-bas, la Belgique et le Canada. Les évêques espagnols ont appelé dès jeudi à "s'opposer à ces lois injustes par tous les moyens légitimes", et à "s'abstenir de toute complicité avec l'injustice". La hiérarchie catholique avait déjà ces derniers mois appelé à l"objection de conscience" contre le mariage gay, avec l'appui réitéré du Vatican. Au côté du secteur conservateur de l'Eglise, le Parti Populaire (PP, droite) s'est mobilisé contre cette loi en faisant descendre ses sympathisants dans la rue par dizaines de milliers, samedi 18 juin à Madrid. Les organisateurs de cette manifestation, le Forum espagnol de la famille (FEF) disent avoir recueilli plus d'un million de signatures contre cette loi et pour réclamer un référendum. Un millier de manifestants se sont rassemblés jeudi Puerta del Sol, en plein centre de Madrid, avec des pancartes demandant la "démission" du chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero, mêlés à des drapeaux d'Espagne et du Vatican. Une nouvelle manifestation est convoquée par la FEF samedi, jour de la parade de la Fierté Gay à Madrid. Le chef du PP, Mariano Rajoy, a assuré que la loi "provoquait une division dans la société espagnole". Le PP proposait une "union civile" pour les homosexuels, sans droit à l'adoption. Selon les derniers sondages, la société espagnole approuve largement cette loi, 61% des Espagnols se prononçant en faveur du mariage gay et 54% d'entre eux en faveur de l'adoption. La chambre des députés dominée par les socialistes (164 députés sur 350) a confirmé en fin de matinée le vote émis en première lecture en avril, en approuvant le texte par une majorité de 187 voix, avec 147 voix contre et 4 abstentions. "Nous ne sommes pas les premiers mais je suis sûr que nous ne serons pas les derniers, beaucoup d'autres pays viendront ensuite, poussés par deux forces imparables, la liberté et l'égalité", a déclaré M. Zapatero. Le texte, qui concrétise une promesse électorale socialiste, doit être signé par le chef de l'Etat, le roi Juan Carlos, avant son entrée en vigueur, très probablement dans les prochains jours. Dans son quartier madrilène de prédilection, Chueca, la communauté homosexuelle sablait le champagne en pleine rue et se préparait à célébrer ce week-end avec un éclat historique sa fête annuelle de la Fierté gay. Amnesty International s'est félicitée de l'approbation d'une loi qui relève "d'une question fondamentale de droits de l'homme". En Italie, le ministre des Réformes, Roberto Calderoli, membre du parti populiste de la Ligue du Nord, a estimé que "ce qui s'était produit aujourd'hui en Espagne (...) était le dernier acte contre Dieu et la nature". Le cinéaste espagnol Pedro Almodovar s'est déclaré "très content", ajoutant: "je ne vais pas me marier, mais c'est bien que d'autres en aient la possibilité". La loi sur le mariage homosexuel complète une série de réformes de société promises par le gouvernement Zapatero et qui sont en cours d'application. La plus symbolique était le premier projet de loi adopté par les socialistes arrivés au pouvoir en avril 2004: la "loi intégrale" contre les violences sexistes. Une préfète spécialisée et 17 tribunaux entièrement dédiés au traitement de ces plaintes ont commencé à exercer mercredi en Espagne. Les députés ont aussi adopté dans la nuit de mercredi à jeudi une loi simplifiant le divorce et créant la garde partagée. | |