Comment expliquer cette évolution en lespace de quelques jours?
Bien sûr, dans la nouvelle dynamique du Oui à gauche, il faut relever la présence dans la campagne de pédagogie de personnalités aussi marquantes que Robert Badinter ou Jacques Delors. Logiquement il convient également dinsister sur limpact incontestable de la prestation télévisée très suivie de Lionel Jospin, dont cette enquête mesure les effets positifs auprès des électeurs socialistes.
Lintervention de lancien Premier ministre sest inscrite dans un contexte où les arguments de campagne du oui commençaient déjà à retenir lattention des Français. Pièce maîtresse du propos de lancien candidat socialiste à lélection présidentielle, largument des dangers dune victoire du Non pour la France, dont la crédibilité na cessé de croître au fil des semaines, apparaît sans doute ces deux dernières semaines comme le principal point dappui de la dynamique du Oui.
A droite, la détermination en faveur du Oui sappuie largement sur lidée que le Non conduirait à limpasse. En effet alors quau début du mois davril, une nette majorité de sympathisants UMP-UDF croyait à la capacité de renégociation de la France en cas de victoire du Non, ils sont désormais une majorité absolue à être convaincus du contraire.
A gauche, la dynamique du Oui se structure autour dune double motivation. Les sympathisants socialistes se montrent plus inquiets des conséquences dune victoire du Non que de celles dune issue inverse mais surtout le Oui incarne désormais plus le changement que le statu-quo. Au-delà de lélectorat socialiste, lenjeu de la représentation du changement doit être considéré aujourdhui comme le capital dimage essentiel pour les partisans du Oui.
Le choix du Oui est en effet considéré par plus de 50% des Français comme « incarnant le changement » contre 32% seulement qui lidentifie à la victoire du Non.
A lexception des proches du PC, de lextrême gauche et du Front national, toutes les sensibilités politiques traditionnellement pro-européennes, y compris les Verts pour linstant tentés majoritairement par le Non en terme dintentions de vote, sont acquis à cette idée. Lincarnation du changement est également majoritaire dans des catégories sociales le plus souvent tentés par un vote négatif: les ouvriers, les employés, les 30-50 ans.
Les partisans du Oui doivent désormais convaincre ces milieux sociaux que la Constitution européenne est porteuse dun changement destiné à créer les conditions dun pays plus confiant dans son avenir. Cest là lun des enjeux de la seconde intervention télévisée de Jacques Chirac au moment où le choix des Français semble momentanément plus à labri du climat intérieur, au profit dune réponse plus motivée par les enjeux européens. Mais il reste quatre semaines de campagne au cours desquelles la pression du climat politique, économique et social peut encore jouer son rôle. La persistance dune actualité favorable au Non et le niveau encore significatif des hésitants viennent sajouter à cette nouvelle donne encore incertaine.